Schizophrénie, violence et art-thérapie : à propos d’un cas

http://www.erudit.org/revue/pv/2015/v13/n1/1036449ar.html

Article

Suzanne Cloutier

M.A, Creative art therapies / Art-thérapeute et Psychothérapeute

Frédéric Millaud

MD, psychiatre, directeur de l’enseignement, Institut Philippe-Pinel, Professeur titulaire de psychiatrie, Université de Montréal

Résumé

Cet article tente de montrer la pertinence de l’art-thérapie avec des patients schizophrènes réfractaires ayant posé des gestes violents. Les auteurs, qui travaillent dans un hôpital médico-légal au Québec, présentent une brève revue de littérature et illustrent leurs propos à l’aide d’une vignette clinique. Le cadre conceptuel de l’intervention est présenté et une analyse clinique est faite.

Introduction et revue de littérature

Nous tenterons d’illustrer dans cet article à l’aide d’une étude de cas l’apport de l’art-thérapie envers la schizophrénie réfractaire aux traitements pharmacologiques et associée à la violence.

L’art-thérapie se définit comme « une discipline des sciences humaines qui étend le champ de la psychothérapie en y englobant l’expression et la réflexion tant picturale que verbale». (Association des art-thérapeutes du Québec.)

La littérature scientifique portant sur l’art-thérapie auprès des patients schizophrènes violents est peu abondante. Les auteurs suivants ont tous mis en relief l’apport important de l’art-thérapie auprès de cette clientèle, mais ont aussi insisté sur l’insuffisance d’études sur ce sujet.

Patterson, Crawford, Ainsworth et Waller (2011) mentionnent l’aspect bénéfique de l’art-thérapie auprès des schizophrènes en général et soulignent la nécessité de développer des modèles théoriques adaptés au système de soins. Patterson, Debate, Anju, Walter et Crawford (2011) rendent compte d’une recherche nationale menée en Angleterre sur l’efficacité de l’art-thérapie auprès d’une clientèle schizophrène. L’étude montre que l’art thérapie est efficace avec cette population car elle permet un engagement relationnel progressif avec un thérapeute qui est moins menaçant que la thérapie traditionnelle impliquant seulement l’échange verbal. Selon les auteurs, cette approche est vue par le patient comme étant « sécuritaire ». De plus, le fait que le patient crée une production artistique permet une médiation de la communication. L’art-thérapie est aussi perçu comme un lieu où le patient peut être plus ouvert à explorer sur des expériences particulières difficiles à partager en temps normal. Cette perception encourage l’alliance thérapeutique. Les auteurs soulignent cependant le fait que peu de critères mesurables aient été établis dans leur étude et que, les ressources financières étant réduites, la place de l’art-thérapie est précaire dans son positionnement dans le système de santé. Ainsi de plus amples recherches sont nécessaires afin de mieux documenter les bienfaits de cette approche sur cette clientèle.

Une recherche d’envergure intitulée « Multicenter Evaluation of Art Therapy in Schizophrenia : Systematic Evaluation (MATISSE) Trial, présentée dans deux études publiées par Crawford (2012a, 2012 b) a conclu à l’inefficacité de l’art-thérapie auprès de sujets schizophrènes contredisant ainsi les recommandations positives émises par le National Institute for Health and Clinical Excellence (NICE, 2009) au Royaume-Uni. Une critique de Holttum et de Huet (2014) basée sur de multiples études parallèles statue au contraire que la conclusion du MATISSE est incorrecte et que la méthodologie de la recherche n’a pas été respectée. Ils suggèrent ainsi que les recommandations du NICE demeurent l’usage. Cette recherche récente (Holttum et Huet, 2014) permet un survol global de toutes les recherches actuellement disponibles pour évaluer la pertinence de l’art-thérapie.

Quant à Ruddy et Milnes (2005), ils ont analysé deux recherches impliquant l’utilisation de l’art-thérapie auprès de patients présentant des symptômes de schizophrénie réfractaire. Les auteurs se demandent si l’art-thérapie, combinée aux traitements pharmacologiques, peut être bénéfique aux patients qui souffrent de schizophrénie réfractaire, soit 5 à 15 % des schizophrènes. Les auteurs concluent que l’usage de l’art-thérapie doit être considéré comme étant encore expérimental étant donné que cette approche est encore en évaluation. Le faible nombre de patients ayant participé à ces recherches ne permet pas de conclure clairement sur les bénéfices de l’approche. Ruddy et Milnes concluent que plus de subventions devraient être octroyés afin de supporter des recherches sur ce sujet.

Banks (2012) a écrit un article expliquant son expérience d’art-thérapeute auprès d’un patient de sexe masculin suivi dans un établissement médico-légal. Basant son compte-rendu sur les théories de Fonagy (2004) relatives au développement des comportements violents chez les patients, l’auteure décrit son expérience d’offre simultanée de services parallèles de groupe et individuel selon le besoin du patient. Dans cette étude de cas, Banks illustre comment elle accompagne d’abord son patient en relation individuelle afin de lui permettre de comprendre l’origine de ses comportements violents. L’auteure démontre comm