L'art-thérapie pour les migrants


http://www.estrepublicain.fr/edition-de-nancy-ville/2018/01/29/de-l-art-therapie-pour-les-migrants

Élise Quillé est art-thérapeute auprès de jeunes migrants mineurs et utilise le théâtre, la peinture, le dessin comme prétexte à parler de soi autrement qu’avec des mots.

Ils viennent du Mali, du Tchad, d’Albanie, Syrie, Guinée, Bangladesh… La quinzaine de jeunes migrants mineurs présents ce lundi à 15 h 30 dans la grande salle du Pôle Activités de Jour sont impatients de participer à l’atelier hebdomadaire de théâtre d’Élise Quillé. « Pour commencer, on se met en cercle. On imagine qu’on est un bûcheron avec une hache, on coupe du bois en poussant un cri. »

« Ces jeunes migrants ont tous des histoires difficiles »

Les ados agitent les bras et crient en riant. S’ensuivent des petits jeux de déambulation où il faut marcher comme un funambule, comme une star, en étant fâché, en dansant… « Des prétextes pour parler de soi autrement qu’en mots, leur permettre d’extérioriser des émotions enfouies. Car ces jeunes ont tous des histoires difficiles, explique Élise. Remontent parfois des moments de leur parcours. Comme le naufrage en bateau. Ils le rejouent. »

Élise Quillé est art-thérapeute au PAJ depuis 2 ans et demi, date de la création de la structure du Service d’accueil des mineurs isolés étrangers (SAMIE) pour faire face à l’arrivée massive de jeunes ados migrants. Chaque jour, ils sont une cinquantaine à y être pris en charge. Scolarisés, en stage ou en attente, ils viennent faire du sport, du français, rencontrer un psychologue, un éducateur spécialisé, une assistante sociale, jouer au baby-foot. Ou faire du théâtre, peindre, dessiner avec Élise. Des moments toujours très attendus.

Au-delà du dessin

« Ça me détend et me met de bonne humeur, assure Zlatan*. En plus, ça crée un lien d’amitié fort entre nous. » Pour Keli*, Ivoirien, à Nancy depuis 1 mois, « c’est beaucoup de joie et cela me permet d’oublier des choses pas faciles… Ici, j’ai une famille. » Kaouzin*, du Mali, ajoute que le théâtre l’aide « à supporter sa tristesse. Le dessin aussi me fait du bien. »

Élise Quillé le sait. C’est d’ailleurs pour cela qu’elle a choisi d’être art-thérapeute il y a 4 ans : « Je travaillais comme éducatrice spécialisée dans un foyer à Toul et un enfant a piqué une crise après avoir dessiné. Je me suis dit waouh, il s’est passé quelque chose de fort, au-delà du dessin. Mais quoi ? J’ai eu envie de me former ».