Pas d'ordinateur ni de tablette pour les moins de 6 ans

http://www.lejdd.fr/societe/education/boris-cyrulnik-pas-dordinateur-ni-de-tablette-pour-les-moins-de-6-ans-3608390

Le chercheur Boris Cyrulnik s’est vu confier par le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, la préparation des Assises de la maternelle qui s’ouvrent cette semaine.

Après avoir dédoublé les classes de CP dans les établissements défavorisés, mis en place Devoirs faits au collège et lancé la réforme du bac, le ministère de l’Education organise, mardi et mercredi, les Assises de la maternelle. Objectif : faire de celle-ci "l’école de l’épanouissement et du langage". Pendant deux jours, scientifiques, enseignants, personnel de service et parents sont invités à réfléchir sur l'acquisition du langage, la mémoire chez l’enfant, le sommeil, la formation des enseignants, les pratiques musicales... Le neuro-psychiatre Boris Cyrulnik, chargé de diriger la réflexion, nous décrypte les enjeux. "La maternelle avait – et a toujours – une excellente réputation, mais elle doit s’adapter", dit-il. "Les enfants qui entrent à l’école ne sont plus les mêmes qu’il y a dix ou quinze ans."

Lire aussi : Comment Jean-Michel Blanquer a imposé sa méthode

Pourquoi organiser ces Assises? La maternelle avait – et a toujours – une excellente réputation, mais elle doit s'adapter. Les enfants qui entrent à l'école ne sont plus les mêmes qu'il y a dix ou quinze ans. Leurs déterminants biologiques ont changé : les filles, par exemple, sont plus grandes, plus mûres et une proportion croissante est réglée avant 10 ans. L'organisation des familles a aussi connu des bouleversements : désormais, plus de 70% des femmes travaillent. Les petits ne sont plus du tout entourés de la même façon. L'école maternelle doit accueillir différemment ces nouveaux élèves.

Qu'est-ce qui se joue en maternelle? J'ai beaucoup travaillé sur les interactions précoces, de la 27e semaine de grossesse au 20e mois, qui influencent fortement le développement biologique et neuropsychologique des enfants. Le premier jour de maternelle, un tiers des élèves, à la suite d'un malheur – deuil, précarité sociale, violences conjugales… – ou simplement d'une évolution plus lente, ont un attachement insécure, qui va les inhiber. Si l'on n'intervient pas, ils développeront des troubles cognitifs et iront grossir le bataillon des mauvais élèves. L'enjeu, c'est donc d'introduire de l'affect pour les aider à entrer dans les apprentissages. Des études ont démontré que 90% des enfants maltraités étaient mauvais en classe, mais que la plupart rattrapaient leur retard en quelques mois s'ils étaient sécurisés. La plasticit